Une figure du nationalisme algérien pas souvent connue et reconnue, à l’image de Mohamed Boudia, vient de faire l’objet d’un essai paru tout récemment chez « El Ibriz éditions ».
PUBLIE LE : 15-02-2016 | 0:00
Une figure du nationalisme algérien pas souvent connue et reconnue, à l’image de Mohamed Boudia, vient de faire l’objet d’un essai paru tout récemment chez « El Ibriz éditions ». Intitulé Mohamed Boudia, un homme hors du commun, l’ouvrage relate les principales étapes de sa vie, sa rébellion contre, entre autres, l’injustice sioniste, pour soutenir la cause palestinienne, ainsi que son grand apport à la Révolution algérienne.


L’auteur, Boudia Mohamed, met en avant le nationalisme du militant. Il fut arrêté et condamné pour atteinte à la sûreté de l’Etat, il purgea des peines de prison aux Baumettes à Marseille, puis transféré à Fresnes où il retrouva de grandes figures de la Révolution algérienne, tels Ben Bella, Boudiaf, Ait Ahmed, Lacheref et Khider, avant d’être transféré de nouveau à la prison d’Angers d’où il parvient à s’échapper et rejoint la troupe théâtrale du FLN à Tunis.
L’ouvrage annonce dès les premières lignes que le combat politique de Mohamed Boudia ne peut être dissocié du combat culturel qu’était celui du journaliste, dramaturge et homme de théâtre, Mohamed Boudia. Ce dernier considérait le quatrième art comme une arme des plus redoutables. Universaliste et progressiste en même temps, il a entre autres écrit pour le théâtre « Naissances », « l’Olivier » et
« le Malade », sans oublier les nombreuses adaptations en arabe dialectal. Fervent défenseur de l’authenticité de l’art dramatique algérien, il est à l’origine de la nationalisation du théâtre.
L’opuscule de 69 pages revient sur la contribution de Mohamed Boudia au lancement des institutions de l’Etat, notamment dans le milieu journalistique et celui du théâtre. Après l’indépendance, son destin fut croisé avec celui de Mourad Boureboune, rédacteur en chef à El Moudjahid depuis 1959 et passionné du théâtre. Il se lança avec son ami pour développer l’art de la scène en obtenant la charge de diriger le Théâtre national algérien (TNA). Les deux hommes s’employaient à donner un nouvel élan à l’action théâtrale en lançant des revues et des publications. Co-fondateur de l’Union des écrivains algériens, la bibliographie de Mohamed Boudia compte de nombreux romans et recueils de poésie ainsi que la fonction de directeur du journal Alger, ce soir. Mohamed Boudia a été impliqué et médiatisé lors des attentats de 1972 à Munich en Allemagne à l’occasion des jeux Olympiques. Le livre consacre tout un chapitre sur le fait qu’il a été affublé de plusieurs surnoms comme «l’homme à cent visages». L’opinion internationale lui a attribué tous les attentats perpétrés en Europe, à tort ou à raison, et en particulier la tuerie des otages (athlètes israéliens) en 1972.
La rébellion morale et intellectuelle de Mohamed Boudia a dépassé les frontières géographiques, mais elle a aussi fait escale dans le monde de l’art. En effet, il est dit dans le livre que le militant, ami des deux fondateurs du groupe anthologique marocain « Nass El Ghiwan », en l’occurrence Boudjemaâ Ahguir et Larbi Batma, a été une source d’inspiration du groupe de musique à travers ses actes de soutien à la cause palestinienne, notamment dans des titres comme « Ghir khoudouni », « El kassem », « El Oumma » ou encore « Intifadha».
Aussi singulier que cela puisse paraître, l’auteur du présent ouvrage, Mohamed Boudia, porte les mêmes nom et prénom que ceux du militant. Né en 1944 à Chlef, l’auteur est un normalien qui a exercé en tant que professeur d’enseignement technique théorique, puis directeur de collège d’enseignement moyen. Il préside actuellement le Café littéraire de Chlef tout en étant le vice-président de l’association nationale Héritage Algérie.
Kader Bentounès

(*) Mohamed Boudia, un homme hors du commun, EL IBRIZ éditions, 69 pages, Alger 2015, prix 300 DA