Alger – Mini-jupes, hidjabs, jeans, kamis, costumes-cravates, leggins, kachabias et même quelques haïks, dans toutes les tranches d’âges, les différentes régions et catégories socioprofessionnelles avec une dominante – la jeunesse, les familles et les écoles -, pendant dix jours avec plus d’un million et demi de visiteurs qui ont déambulé parmi les 475 stands du vingtième Salon international du livre d’Alger (SILA). Pas moins de 47 pays sont représentés ainsi que toutes les composantes de l’édition algérienne en langue arabe, en Amazigh et en Français pour la plus grande manifestation culturelle d’Algérie.


Le premier grand prix littéraire algérien – le prix Assia Djebar -, a été décerné le 4 novembre en présence d’une dizaine de ministres du gouvernement Sellal et de l’ambassadeur de France Bernard Emié, la France étant l’invitée d’honneur du SILA. Le jury a distingué trois œuvres parmi les 76 reçues – dont 13 en amazigh – de 36 maisons d’éditions algériennes. C’est Abdelwahab Aïssaoui, pour son roman « Sierra de Muerte » (La vallée de la mort), édité par la Direction de la Culture de la wilaya d’El-Oued, qui reçoit le prix en langue arabe. Deuxième lauréat : Rachid Boukharoub, pour son roman en Amazigh « Tisslith N’ou Ghanim » (La poupée de roseau) édité par El Amel ; le lauréat en langue française étant Amine Aït Hadi pour son livre « L’aube de l’au-delà », aux éditions Aden. « Ce prix nous a permis de découvrir trois nouveaux talents algériens », déclare le ministre de la Culture, Azzedine Mezhoudi ; « on espère que ces auteurs en susciteront d’autres et qu’ils continueront à creuser leur sillon vertueux afin d’enrichir la littérature et la culture algériennes ». Son homologue de la Communication, Hamid Grine, précise que si le prix porte le nom de la grande Assia Djebar, « c’est en guise de reconnaisse et de respect à toutes les femmes algériennes (…) Elle aimait les jeunes et ce prix s’adresse d’abord à eux à travers la culture, l’éducation, le mérite et la reconnaissance ».

Sur le stand de Casbah-éditions, on retrouve l’avocat Ali Haroun, le grand patriote – patron de la « 7ème Wilaya » -, dédicaçant son ouvrage fondamental « Le Rempart », qui raconte comment l’armée nationale algérienne a sauvé le pays, confronté au terrorisme salafo-jihadiste durant la décennie sanglante 1988-1998. Pas très loin, l’espace de l’ANEP (Entreprise nationale d’édition et de publicité) présente une vitrine impressionnante des dernières publications de l’année en cours. L’histoire occupe toujours une place de choix, notamment celle de la Libération nationale avec l’ouvrage de Rabah Mahiout, implacable enquête sur les crimes de guerre commis à Paris le 17 octobre 1961.
Deux nouvelles publications de l’ANEP, nous embarquent pour « la ville des ponts » : celui de Cherif Abdedaïm, « Constantine, la saga des Beys » et celui de Djilali Sari, « Les mémoires de Hadj Ahmed Bey ». Toujours en histoire, notons aussi « Carthage-Rome, l’hégémonie sur la Méditerranée », de Sadia Serguine et quelques « beaux livres » : « Tiaret et ses chevaux de légende » ; de Mohamed Balhi « Sur le patriote Zaatcha 1849 ; « L’art rupestre dans le Djebel Ammour » et « Dzayer, âme captive de son histoire » de Kamel Bouchama. Sur le front du roman : de Fadila Hamiroun « La nuit séculaire » et celui de Kheiredine Ameyar : « Maloula ».
Deux mentions spéciales s’imposent en faveur des jeunes éditions El Ibriz qui publient « Mohamed Boudia – Un homme hors du commun, assassiné deux fois » et de « Meida – Le magazine des gourmands » qui explore toutes les cuisines de Méditerranée. Enfin, l’ANEP avait organisé nombre de tables rondes et débats, notamment avec le sociologue genevois Jean Ziegler, grand dé-constructeur de l’ordre cannibale de la mondialisation sauvage ; Majed Nehmé, le directeur de l’excellent mensuelAfrique-Asie et l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, auteur d’une somme essentielle : « Tempête sur le Grand-Moyen-Orient (Editions Ellipses), qui sera traduite prochainement en Arabe avec l’aide de l’Institut français d’Alger.
Invitée d’honneur justement, la France avait mis les petits plats dans les grands, conviant nombre de valeurs sûres : l’anthropologue Malek Chebel qui rompt tous les tabous avec tellement d’intelligence et dont « Le Dictionnaire amoureux de l’Algérie » est, désormais un grand classique ; le grand géographe Marc Côte, professeur à l’université de Constantine ayant formé des générations d’urbanistes et de géographes algériens ; le Prix Goncourt 2004 Laurent Gaudé qui nous prépare un grand roman sur le Kurdistan ; le politologue Gilles Kepel, spécialiste de l’Islam contemporain et merveilleux pédagogue ; ainsi qu’une soixantaine d’autres romanciers, essayistes, universitaires, cinéastes et créateurs. Les équipes des Instituts français en Algérie et tout particulièrement les animateurs du livre, ont travaillé sans relâche durant des mois pour répondre à l’invitation du SILA.
Evidemment, de cette grande réussite de la culture, de l’intelligence, de la fraternité et de l’espoir, pas un mot dans la presse écrite (quotidienne et hebdomadaire) parisienne. Seule une petite brève de douze lignes et un encart publicitaire du magazine Lire. Affligeant ! Toujours à l’affût de la moindre critique à l’encontre du président Abdelaziz Bouteflika, la presse parisienne demeure parfaitement lamentable dès qu’il est question de l’Algérie ! Jamais le moindre papier positif, aucune mise en perspective, encore moins d’amitié : toujours les mêmes poncifs, la même ignorance, les mêmes partis pris et la même désinformation. Pour bien parler des pays, des peuples et de leurs cultures, faut-il encore les aimer un peu ! Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, L’Express, etc… tous ces titres sont aujourd’hui en déshérence et perdent quotidiennement des lecteurs au risque de disparaître un jour prochain. Alors que ce moment s’approche, on ne va certainement pas pleurer sur leur sort inéluctable qui s’explique, notamment par le fait que personne, ou presque, n’a jamais osé poser clairement la question de leurs contenus respectifs devenus parfaitement nuls…
Effectivement, on ne va pas pleurer parce que, d’ores et déjà, le 21ème SILA est lancé, comme se prépare la deuxième édition du prix Assia Djebar. Encore merci et chapeau !
Richard Labévière
9 novembre 2015