Deux écrivains, en l’occurrence Mansouria Mederreg Belkharoubi et Abdelkader Jamil Rachi, se sont relayés dans la salle de lecture de la bibliothèque de Tipasa pour raconter, chacun à sa manière, des souvenirs et réminiscences de la guerre coloniale du temps où ils étaient enfant, l’une à Tlemcen puis au Maroc et l’autre à Constantine.


Les deux livres, Devoir de mémoire d’une petite fille à sa famille de Mansouria Mederreg Belkharoubi et Un été colonial à Constantine d’Abdelkader Jamil Rachi, publiés en 2015 aux éditions El Ibriz, ont été présentés par la directrice de la maison d’édition, qui a fait la modération de la rencontre en présence d’un public nombreux.
Dès l’entame de la rencontre littéraire, les organisateurs et invités ont regretté l’absence des jeunes à ce genre de rencontres auxquels ces livres sont destinés, et ce, malgré les nombreuses invitations et démarches de la directrice de la bibliothèque, Mme Saâdia Sebbah, pour faire venir les lycéens et écoliers. Pour les deux auteurs, l’écriture de ces livres était un devoir de mémoire envers ceux qui se sont sacrifiés pour le pays et en même temps un autre regard, innocent et plus nuancé sur la période coloniale qui a été vécue différemment selon que l’on soit en Algérie ou au Maroc pour Mansouria qui a plaidé la cause de ceux qui sont partis «non pas pour se mettre à l’abri et se cacher, mais pour lutter d’une autre manière pour la cause nationale ». Pour Mansouria Mederreg, le souvenir de la guerre est une blessure qui a été intériorisée et quelquefois les sons et images et des flashs remontent à la surface, ce qui a donné naissance à ce livre qui se veut un hommage d’une fille à sa famille réfugiée au Maroc dont elle retrace le quotidien marqué par des événements historiques et tragiques. Hadja Yamina, le personnage central, raconte le destin de simples Algériens, mais rappelle, aussi, en filigrane celui de grands moudjahidine, à l’image du docteur Tidjani et Beladjreb, entre autres.
Un été colonial à Constantine, de l’ancien diplomate Jamil Rachi, est un autre regard d’un adolescent urbain conscient de sa condition de colonisé qui raconte ses souvenirs de la colonisation non pas, comme le dira si joliment l’auteur, par ambition ou orgueil, mais juste pour dire et sortir ce quelque chose qui est là présent au crépuscule de la vie. Le livre n’est ni manichéen ni revanchard, l’écrivain est, seulement, à la recherche du temps passé avec en perspective une participation modeste à l’écriture de l’histoire du pays. Madjid, le personnage principal, un jeune militant de conviction qui deviendra plus tard un chef au maquis est copain du narrateur/auteur qui vit seul avec sa mère et à laquelle il rend hommage pour son courage et son abnégation dans son livre. C’est un récit autobiographique, dira-t-il, qui rappelle que la colonisation n’a pas été positive, comme le prétendent certains historiens français et les médias de l’Hexagone, qui veulent occulter les exactions de l’OAS. Le débat qui a suivi les deux lectures a été enrichissant en ce sens qu’il a complété et rappelé quelques pans héroïques de l’histoire de la guerre de libération avec ses héros et ses déboires qui ont fini par aboutir à l’indépendance. La question posée à la fin de la discussion par les participantes très nombreuses et passionnées de lecture a été de réfléchir sur « le comment faire venir les jeunes à ce genre de rencontres littéraires » très enrichissantes et qui font voyager le temps d’une après-midi et oublier la morosité ambiante.