Publié le 29 novembre 2015

Le journaliste-historien français, Yves Courrière, s’était essayé à mettre de la littérature dans son volumineux ouvrage La Guerre d’Algérie (1968-71), retraçant, en quatre tomes, l’évolution de la Guerre de libération nationale. Presque à l’inverse, Abdelkader Jamil Rachi, diplomate et homme de lettres,

a, lui, trempé son nouveau roman, « Un été colonial à Constantine », paru aux éditions El Ibriz, dans la tourmente de la glorieuse histoire, épiçant ainsi un récit autobiographique d’une étonnante fraîcheur et vivacité. On parle ici de Constantine, embrassant et s’embrasant par les feux de la révolution armée contre l’occupant français. Le décor est implacable. Nous sommes dans la seconde moitié des années 50. La Guerre de libération venait de débuter. Puis, un évènement de taille secoua l’opinion algérienne : les attaques du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois, marquant un tournant décisif pour la Révolution mais aussi l’émergence d’un grand stratège Zighoud Youcef.
Le peuple prend conscience de la mesure du combat menée par un commandement uni et centralisé. Ce n’étaient plus les « évènements » dont claironnait à tue-tête la propagande française, désarçonnée par le retentissement du réveil de la conscience nationale. Le mouvement avait pris naissance et va prendre racine dans la société algérienne. L’autre évènement non moins éclatant : l’inscription de la question algérienne à l’Assemblée générale des Nations unies en 1955, qui a permis l’internationalisation de la guerre de libération. La première défaite diplomatique de la France. « Cette période a été jalonnée par un certain nombre d’évènements qui ont compté dans la vie constantinoise », soutient le romancier qui a su et pu placer son œuvre littéraire dans ce contexte. « Je suis parti de faits réels qui ont eu lieu à Constantine, ma ville natale. J’ai voulu parler de cette génération de jeunes femmes et hommes qui ont pris part à la Révolution. Et, par delà, de la nécessité aussi d’écrire notre histoire », car, confie-t-il, « ceux qui étaient présents s’en vont lentement et une fois disparus, on n’aura plus de témoignages sur cette période charnière de notre histoire ». Mettant en avant le Je d’un narrateur incarnant l’un des deux personnages de l’histoire, l’auteur de « Jours de Cendres », braque tous les feux son ami, Madjid, lycéen comme lui. Madjid, qui, après un long processus de murissement, prend conscience de l’impératif de rejoindre le maquis. Pourquoi ce livre ? « Je voulais partir à la recherche du temps passé. De mon adolescence et prime jeunesse. Tirer de l’oubli des gens qui ont compté dans la ville de Constantine durant la fin des années 50. Pour lesquels j’ai du respect, de l’admiration. Qui ont pris leur responsabilité en rejoignant le combat libérateur contre la colonisation », soutient l’auteur.
Abdelkader Jamil Rachi est né en 1940 à Constantine. Il fait des études secondaires en Algérie et en France. Il est détenteur du Bachelor of Arts (licence) de Fullerton State (Californie, Etats-Unis) et du Master of Arts de l’Université de la Californie du Sud, à Los Angeles. Enseignant à l’université de Constantine, il y a été directeur de département (1972-74). Admis au concours du ministère des Affaires étrangères en 1975, il entame une carrière de diplomatique jusqu’en 2003, notamment en qualité d’ambassadeur en Argentine entre 1994-1998.
Amine Goutali